LA PRÉSENCE AVANT LE SYMPTÔME
- drissboussaoud
- 16 juin
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Quand la souffrance devient une question de présence
La souffrance psychologique commence souvent par un symptôme. L'anxiété qui s'installe, la dépression qui s'étire, l'épuisement qui ne cède pas, l'hypervigilance, les difficultés relationnelles, les comportements d'évitement, les crises émotionnelles. C'est généralement pour ces raisons que les personnes consultent : elles souffrent de quelque chose qu'elles souhaitent comprendre ou voir disparaître. Mais cette perspective, aussi légitime soit-elle, conduit à une question plus fondamentale : que se passe-t-il avant le symptôme ?
Et si certaines formes de souffrance psychologique ne commençaient pas avec l'anxiété ou la dépression, mais beaucoup plus tôt, dans la manière dont le cerveau a appris à se sentir en sécurité ?

La clinique et les neurosciences de la présence - Le Cerveau de la Présence
Imaginez une personne qui marche seule dans une rue sombre. Son attention est mobilisée, son corps légèrement tendu, son système nerveux reste vigilant. Puis quelqu'un qu'elle connaît et en qui elle a confiance la rejoint. L'environnement n'a pas changé — la rue est la même, l'obscurité est la même, le danger potentiel est le même — et pourtant quelque chose change immédiatement. La respiration devient plus libre, la tension diminue, la situation paraît plus gérable.
Pourquoi ? Parce qu'une présence est apparue.
Cette expérience est banale — nous la vivons tous sous des formes différentes. Certaines présences nous rassurent, d'autres nous inquiètent. Certaines nous permettent de réfléchir plus clairement, d'autres mobilisent silencieusement notre vigilance. Avant même toute interaction, la présence des autres participe déjà à notre sentiment de sécurité.
Le cerveau cherche la sécurité
Nous avons souvent tendance à concevoir le cerveau comme un organe destiné avant tout à penser, raisonner ou résoudre des problèmes. Pourtant, avant de pouvoir apprendre, explorer ou construire des relations, il doit répondre à une question plus fondamentale : suis-je suffisamment en sécurité ? Une grande partie de l'activité du système nerveux semble organisée autour de cette évaluation permanente. Puis-je me détendre ? Puis-je prendre un risque ? Puis-je explorer ? Puis-je faire confiance ?
Lorsque la sécurité est suffisante, l'énergie peut être consacrée à l'apprentissage, à la créativité, aux projets, aux relations. Lorsqu'elle devient incertaine, les priorités changent : l'attention se rétrécit, la vigilance augmente, le corps se prépare à faire face. Avant d'être une question de bien-être, la sécurité est une condition de fonctionnement du cerveau lui-même.
Nous ne nous régulons pas toujours seuls
Nous avons souvent tendance à envisager la régulation émotionnelle comme une compétence individuelle — comme si chacun devait apprendre à se calmer seul, à gérer seul son anxiété, à retrouver seul son équilibre. Le développement humain raconte pourtant une autre histoire.
Dès les premiers instants de la vie, les émotions sont régulées dans la présence d'autres êtres humains. Une voix apaise. Un regard rassure. Une proximité physique réduit la détresse. Une présence stable aide le système nerveux à retrouver son équilibre. Avant même de pouvoir se calmer seul, l'enfant apprend à se calmer avec les autres — et cette réalité ne disparaît jamais complètement.
À l'âge adulte encore, certaines présences favorisent le sentiment de sécurité quand d'autres augmentent la tension ou la vigilance. Certaines facilitent la réflexion et la récupération quand d'autres mobilisent silencieusement une partie des ressources du système nerveux. La régulation émotionnelle n'est donc pas seulement une affaire individuelle : elle repose aussi sur la manière dont les êtres humains participent mutuellement à leur équilibre.
Le symptôme n'est pas le point de départ
Lorsque nous rencontrons un symptôme, nous avons naturellement tendance à le considérer comme le problème — l'anxiété devient le problème, la dépression devient le problème, les difficultés relationnelles deviennent le problème. Pourtant, du point de vue du développement, ces manifestations apparaissent relativement tard dans l'histoire d'une personne.
Bien avant les symptômes, le cerveau a déjà appris quelque chose de fondamental sur le monde qui l'entoure. Il a appris si les autres étaient disponibles ou absents, prévisibles ou imprévisibles, rassurants ou menaçants. Il a appris ce que signifiait la présence. À partir de ces expériences répétées, le système nerveux construit progressivement sa manière d'évaluer la sécurité, de réguler les émotions, de demander de l'aide, de faire confiance ou d'affronter l'incertitude.
Les symptômes apparaissent souvent beaucoup plus tard, comme la manière dont un cerveau construit dans certaines conditions tente de s'adapter aux défis du présent.
Quand la présence devient incertitude
Si la présence des autres participe à la construction du sentiment de sécurité, une question apparaît naturellement : que se passe-t-il lorsque cette présence devient incertaine ? Le problème n'est pas nécessairement l'absence des autres. Il peut aussi s'agir d'une présence imprévisible, incohérente ou parfois menaçante — une présence dont dépend la sécurité, mais qui constitue simultanément une source d'inquiétude.
Le cerveau en développement s'adapte alors à cet environnement. Il apprend à surveiller davantage, à anticiper, à détecter rapidement les signes de rejet, d'éloignement ou de danger. Il développe des stratégies destinées à préserver la sécurité dans un monde où celle-ci n'est jamais totalement garantie.
Ces adaptations sont souvent intelligentes — elles permettent à l'enfant de faire face à son environnement. Mais elles peuvent aussi influencer durablement la manière dont le système nerveux régule les émotions, construit la confiance, développe le sentiment d'efficacité ou entre en relation avec les autres. L'hypervigilance et certains vécus persécutoires peuvent ainsi se lire comme une sur-pondération durable du signal de menace ; certains états de déréalisation ou de dépersonnalisation, à l'inverse, comme une sous-pondération d'un signal de présence pourtant bien réel ; l'anxiété sociale, elle, comme un biais de pondération chronique plutôt que ponctuel.
L'anxiété, l'hypervigilance, certaines difficultés relationnelles ou certains états d'épuisement psychique apparaissent parfois sur ce terrain, non comme des défaillances du système, mais comme les conséquences de stratégies qui ont longtemps été nécessaires.
La souffrance comme histoire de présence
La souffrance psychologique n'est évidemment jamais réductible à une seule cause. Les facteurs biologiques, les événements de vie, les traumatismes et le contexte actuel jouent tous un rôle important. Pourtant, lorsqu'on écoute attentivement les récits de nombreuses personnes en difficulté, une question revient souvent sous des formes différentes : comment ont-elles appris à se sentir en sécurité ? À qui pouvaient-elles s'adresser lorsqu'elles étaient en détresse ? Qui était disponible lorsqu'elles avaient besoin d'aide ?
Avec le temps, ces expériences contribuent à façonner la manière dont chacun perçoit les autres, habite ses relations, régule ses émotions ou fait face à l'incertitude. Dans cette perspective, la souffrance psychologique peut parfois être comprise comme l'expression actuelle d'une histoire beaucoup plus ancienne — une histoire qui concerne moins les symptômes eux-mêmes que la manière dont le cerveau s'est construit dans certaines expériences de présence et d'absence.
La psychothérapie comme expérience de présence
Cette perspective conduit également à envisager la psychothérapie sous un angle légèrement différent. La thérapie n'est pas seulement un lieu où l'on analyse des problèmes, modifie des comportements ou acquiert de nouveaux outils. Elle constitue aussi une expérience relationnelle particulière : au fil des séances, le système nerveux fait l'expérience répétée d'une présence relativement stable, prévisible et attentive — une présence qui ne cherche ni à contrôler, ni à envahir, ni à abandonner.
Les techniques thérapeutiques jouent bien sûr un rôle essentiel. L'EMDR, les thérapies du trauma, la thérapie des schémas ou les approches fondées sur la régulation émotionnelle permettent souvent des changements profonds. Mais ces interventions prennent place dans un contexte plus fondamental : celui d'une relation suffisamment sécurisante pour permettre au cerveau d'explorer ce qui était auparavant difficile à approcher.
La psychothérapie ne consiste donc pas uniquement à comprendre le passé. Elle permet aussi au système nerveux de faire l'expérience, dans le présent, de nouvelles formes de sécurité, de régulation et de présence.
Ce que cela change
Si cette hypothèse est juste, alors les symptômes ne constituent pas toujours le point de départ de la souffrance psychologique. Ils représentent souvent la partie visible d'une histoire beaucoup plus ancienne — l'histoire d'un cerveau qui s'est construit dans certaines expériences de présence, d'absence, de sécurité ou d'incertitude. Dans cette perspective, la question clinique ne devient plus seulement « quel est le symptôme ? », mais aussi : comment ce système nerveux a-t-il appris à se sentir en sécurité ?
Avant l'anxiété, avant la dépression, avant les stratégies de protection, avant même les premiers souvenirs — le cerveau apprenait déjà quelque chose de fondamental sur la présence des autres.
La clinique commence souvent avec un symptôme. Mais elle conduit parfois à une question plus profonde : comment le cerveau s'est-il construit dans la présence ?
Vous reconnaissez-vous dans ce que vous venez de lire ?
Peut-être vivez-vous une anxiété difficile à expliquer. Peut-être portez-vous des expériences douloureuses qui continuent d'agir dans le présent. Peut-être avez-vous l'impression que certaines relations épuisent votre système nerveux sans que vous sachiez vraiment pourquoi.
Ces expériences ont souvent une histoire — et cette histoire peut être explorée, comprise et transformée.
Ce que je propose
Je reçois en consultation à Marseille et en téléconsultation, en français et en anglais. Mon approche intègre les apports des neurosciences à des méthodes thérapeutiques validées : EMDR, thérapie des schémas, ACT et approches fondées sur la régulation émotionnelle.
Je travaille notamment avec des personnes qui consultent pour :
— anxiété, hypervigilance ou épuisement émotionnel
— trauma, choc ou expériences difficiles répétées, accompagnées notamment en thérapie EMDR
— difficultés relationnelles ou sentiment d'insécurité dans les relations
— TDAH adulte et troubles neuropsychologiques
— questionnements sur leur fonctionnement émotionnel ou relationnel
→ En savoir plus sur l'EMDR et ce que cette approche peut vous apporter : https://www.psy-monde.com/emdr-a-marseille-trauma-anxiete-et-regulation-emotionnelle
Qui suis-je ?
Je suis Driss Boussaoud, psychologue clinicien, neuropsychologue et thérapeute EMDR, installé à Marseille. Je suis également Directeur de recherche émérite au CNRS et chercheur à l'Institut de Neurosciences des Systèmes d'Aix-Marseille Université.
Cette double formation — scientifique et clinique — est au cœur de ma façon de travailler. Je m'appuie sur ce que les neurosciences comprennent aujourd'hui du cerveau, du trauma et de la régulation émotionnelle, pour proposer une thérapie à la fois rigoureuse et profondément humaine.
Je reçois en cabinet à Marseille et en téléconsultation, en français et en anglais.
Articles et liens à explorer
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